« La Hijama est-elle interdite en France ? » La question revient sans arrêt, et les réponses qu'on lit en ligne sont souvent fausses, dans un sens comme dans l'autre. Non, la Hijama n'est pas « interdite ». Mais non, tout le monde ne peut pas non plus la pratiquer sur n'importe qui.
Voici ce qu'il faut savoir, clairement, pour pratiquer ou vous faire soigner en toute sérénité.
Cet article est une information générale, pas un avis juridique. La réglementation peut évoluer : pour une situation précise, consultez un avocat en droit de la santé, votre Ordre professionnel ou votre assureur.
Ce qu'il faut retenir
- Aucune loi ne vise spécifiquement la Hijama en France. Elle n'est ni reconnue comme profession, ni interdite en tant que telle.
- Ce sont les règles générales du Code de la santé publique qui s'appliquent, notamment celles sur l'exercice illégal de la médecine.
- La Hijama humide, qui implique des incisions de la peau, relève en pratique d'actes réservés aux professionnels de santé habilités, au premier rang desquels les médecins.
- La ventouse sèche, sans incision, sans diagnostic et sans promesse de soigner une maladie, est couramment pratiquée dans le champ du bien-être.
- Les déchets de soins (lames, compresses souillées) obéissent à des règles strictes, quel que soit le praticien.
Sèche ou humide : une distinction décisive
Pour le droit comme pour la sécurité, tout se joue ici :
| Hijama sèche | Hijama humide | |
|---|---|---|
| Principe | Ventouses posées sur la peau, sans incision | Ventouses et incisions superficielles pour recueillir du sang |
| Effraction cutanée | Non | Oui |
| Risque infectieux | Faible | Réel (sang, objets tranchants) |
| Cadre en France | Pratiquée dans le bien-être, sans visée thérapeutique | Relève en pratique des professionnels de santé habilités |
Pour le détail technique, lisez Hijama sèche ou humide : quelles différences ?
L'exercice illégal de la médecine
Le Code de la santé publique (article L4161-1) définit l'exercice illégal de la médecine : il s'agit notamment de prendre part habituellement à l'établissement d'un diagnostic ou au traitement de maladies, par actes personnels ou autrement, sans être titulaire du diplôme requis. Certains actes sont par ailleurs réservés aux médecins par voie réglementaire.
L'article L4161-5 prévoit des sanctions pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende.
Concrètement, un non-professionnel de santé s'expose à des poursuites s'il :
- pratique des incisions sur la peau d'autrui (Hijama humide) ;
- pose un diagnostic (« vous avez un problème de foie ») ;
- prétend traiter une maladie (« la Hijama guérit le diabète ») ;
- conseille d'arrêter un traitement médical.
Qui peut pratiquer la Hijama humide ?
- Les médecins : c'est le cadre le plus clair, puisque l'acte s'inscrit dans leur champ de compétence.
- Les infirmiers : dans le cadre de leur décret d'actes, en principe sur prescription médicale.
- Les autres professionnels de santé (kinés, sages-femmes…) : chacun dans les limites de son champ de compétence. La Hijama humide en sort le plus souvent.
Voir Formation Hijama pour les infirmiers, kinés et médecins.
Et la Hijama sèche ?
La ventouse sèche est proposée par de nombreux praticiens de bien-être, masseurs, esthéticiennes ou coachs. Pour rester dans les clous :
- pas de diagnostic ni de promesse thérapeutique ;
- une communication orientée bien-être et détente, pas guérison ;
- orienter vers un médecin en cas de symptôme ou de pathologie ;
- respecter les contre-indications (voir Contre-indications de la Hijama).
La pratique en famille
Beaucoup de personnes se forment pour pratiquer la Hijama dans leur famille, notamment aux jours recommandés de la Sunna. L'exercice illégal suppose en principe une pratique habituelle, mais le cadre familial ne supprime ni le risque sanitaire ni la responsabilité en cas d'accident. Se former sérieusement à l'hygiène et aux contre-indications est donc indispensable, même « à la maison ».
Les déchets de soins : une obligation souvent ignorée
Lames, lancettes, compresses et ventouses souillées de sang sont des déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI). Le Code de la santé publique (articles R1335-1 et suivants) impose à leur producteur de les éliminer par une filière adaptée :
- collecteurs spécifiques pour les objets piquants ou tranchants ;
- emballages dédiés pour les autres déchets souillés ;
- contrat avec un prestataire de collecte, avec traçabilité.
Jeter ses lames usagées à la poubelle ordinaire est une infraction, et un vrai danger pour les agents de collecte. Voir Hygiène en Hijama : le protocole de sécurité.
Publicité et promesses de guérison
Même quand l'acte est légal, la communication peut ne pas l'être. Affirmer que la Hijama « soigne le cancer », « détoxifie le sang » ou « remplace les médicaments » peut constituer une pratique commerciale trompeuse, et vous exposer aussi à des poursuites pour exercice illégal. Restez factuel : décrivez la technique, votre formation, vos conditions d'hygiène. Pour parler des bénéfices, appuyez-vous sur les études (voir Hijama et maux de dos, migraine, cervicales).
Et si je suis patient ?
Pour vous faire poser des ventouses en toute sécurité, vérifiez que votre praticien :
- utilise du matériel à usage unique, ouvert devant vous ;
- porte des gants et désinfecte votre peau ;
- vous pose des questions sur vos traitements (anticoagulants notamment) et vos antécédents ;
- dispose d'un collecteur à objets tranchants ;
- ne vous promet pas de guérison miracle ;
- pour la Hijama humide, est un professionnel de santé habilité.
Questions fréquentes
La Hijama est-elle interdite en France ?+
Non. Aucune loi ne l'interdit en tant que telle. En revanche, la Hijama humide implique des actes avec effraction cutanée qui relèvent en pratique des professionnels de santé habilités.
Un non-médecin peut-il pratiquer la Hijama humide en France ?+
Il s'expose à des poursuites pour exercice illégal de la médecine, en particulier s'il pratique de façon habituelle, pose des diagnostics ou prétend traiter des maladies.
Une formation Hijama autorise-t-elle à exercer en France ?+
Non. Aucune formation privée ne confère un droit d'exercer. C'est votre statut professionnel qui détermine ce que vous pouvez faire. La formation vous donne les compétences, pas l'autorisation.
La Hijama est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?+
Non. Certaines mutuelles prennent en charge des « médecines douces » dans leurs forfaits : renseignez-vous auprès de la vôtre.



