Mal de dos, nuque raide, migraines à répétition : ce sont les premières raisons pour lesquelles on pousse la porte d'un praticien de Hijama. Beaucoup de patients disent se sentir soulagés. Mais que dit la recherche ?
Bonne nouvelle : la ventousothérapie (le cupping, dont la Hijama est une forme) fait l'objet d'un nombre croissant d'essais cliniques et de méta-analyses. Et pour la douleur, les résultats sont globalement encourageants. Voici ce qu'ils montrent, et comment les lire honnêtement.
⚠️ Cet article est informatif. Il ne remplace pas un avis médical : une douleur persistante, intense ou inhabituelle doit toujours être évaluée par un médecin.
Ce qu'il faut retenir
- La douleur musculo-squelettique chronique (dos, nuque) est le domaine où les preuves sont les plus nombreuses et les plus favorables.
- Les études montrent des effets cliniquement significatifs à court terme sur la douleur et la gêne fonctionnelle, avec peu d'effets indésirables graves.
- Pour la migraine et les céphalées, les résultats sont prometteurs, mais reposent sur des études plus petites.
- Les limites sont réelles : il est difficile de réaliser des essais « en aveugle », la qualité des études est variable, et les effets à long terme sont peu étudiés.
Conclusion raisonnable : la Hijama est une option complémentaire intéressante contre certaines douleurs, à pratiquer en complément d'un suivi médical, pas à sa place.
Douleurs chroniques : le domaine le mieux étudié
La méta-analyse de référence
En 2020, une équipe allemande dirigée par Holger Cramer a publié dans The Journal of Pain une revue systématique et méta-analyse des essais randomisés sur la ventousothérapie dans les douleurs chroniques, notamment du dos et de la nuque.
Ses conclusions sont nettes :
- des effets cliniquement significatifs à court terme sur l'intensité de la douleur et sur le handicap fonctionnel ;
- des effets importants par rapport à l'absence de traitement ;
- une pratique relativement sûre chez les patients douloureux chroniques.
La nuance, honnête : face à une ventouse « simulée » (placebo), la différence n'était pas significative. Cela montre que l'effet passe en partie par le contact, la relation de soin et l'attente du patient, comme pour beaucoup de traitements de la douleur. Cela ne veut pas dire que le soulagement ressenti n'est pas réel.
Des données récentes qui confirment la tendance
Deux méta-analyses publiées en 2025 ont mis à jour les données :
- l'une, sur l'efficacité de la ventousothérapie contre la douleur, portant sur de nombreux essais randomisés, confirme un effet favorable sur la douleur dans plusieurs indications ;
- l'autre, sur les douleurs musculo-squelettiques chroniques et les troubles associés, va dans le même sens, tout en soulignant l'hétérogénéité des études.
Le National Center for Complementary and Integrative Health américain (NCCIH, rattaché aux NIH) résume la situation ainsi : le cupping peut aider à soulager certaines douleurs, mais une grande partie des études est de qualité limitée.
Mal de dos (lombalgie)
La lombalgie chronique non spécifique est l'une des indications les plus étudiées. Les essais montrent en général :
- une diminution de la douleur après une série de séances ;
- une amélioration de la mobilité et de la gêne au quotidien ;
- des effets surtout mesurés à court terme.
Ce qu'on peut dire au patient : la Hijama peut contribuer à soulager une lombalgie chronique, en complément de l'activité physique, qui reste le traitement de référence, et du suivi médical.
⚠️ Attention : une douleur du dos avec fièvre, perte de poids, troubles urinaires, faiblesse d'une jambe ou après un traumatisme impose une consultation médicale rapide. Ce n'est pas une indication de Hijama.
Cervicales et nuque
Les cervicalgies chroniques ont fait l'objet de plusieurs essais randomisés, notamment en Allemagne dans les années 2010, puis de méta-analyses, dont une nouvelle publiée en 2026 spécialement consacrée aux cervicalgies chroniques. Les résultats rapportés :
- une baisse de l'intensité de la douleur ;
- une amélioration de la qualité de vie liée à la nuque ;
- parfois une diminution de la sensibilité à la pression des muscles.
C'est cohérent avec la pratique traditionnelle : les points al-kâhil et al-akhda'ân, en haut du dos et sur les côtés du cou, sont justement les zones les plus utilisées (voir Les points de Hijama).
Migraine et céphalées
C'est un domaine prometteur, qui intéresse beaucoup les patients.
Une étude iranienne publiée en 2008 dans l'American Journal of Chinese Medicine, portant sur 70 patients souffrant de migraine ou de céphalées de tension traités par Hijama humide, a observé une baisse d'environ 66 % de l'intensité des maux de tête à trois mois, et 12,6 jours de céphalée en moins par mois en moyenne. Point important : cette étude n'avait pas de groupe témoin, ce qui ne permet pas de conclure formellement à l'efficacité.
Des essais randomisés plus récents et une méta-analyse publiée en 2021 suggèrent eux aussi un effet favorable de la ventousothérapie sur la douleur migraineuse, avec des preuves encore de qualité faible à modérée.
Ce qu'on peut dire au patient : la Hijama est une piste sérieuse et encourageante pour certains patients migraineux, en complément du traitement prescrit par le médecin, jamais à sa place.
Pourquoi est-ce si difficile à étudier ?
Il est utile de comprendre les limites pour bien lire les résultats :
- L'aveugle est quasi impossible : un patient sait quand il reçoit des ventouses. Les « fausses ventouses » existent, mais restent imparfaites.
- Les protocoles varient : sèche ou humide, nombre de ventouses, points, fréquence.
- Les effectifs sont souvent faibles : beaucoup d'essais portent sur quelques dizaines de patients.
- Le suivi est court : on connaît mal les effets au-delà de quelques mois.
Ces limites ne signifient pas que la Hijama « ne marche pas ». Elles signifient que la recherche doit continuer, et qu'il faut rester mesuré dans ses promesses. Pour apprendre à lire une étude, voir Bienfaits de la Hijama : que montrent réellement les preuves scientifiques ?
Comment la Hijama pourrait agir
Plusieurs mécanismes sont avancés, sans être tous démontrés :
- une modulation de la douleur par la stimulation de la peau et des tissus (théorie du « portillon », libération d'endorphines) ;
- une augmentation de la circulation locale et un relâchement musculaire ;
- des effets sur les tissus conjonctifs (fascias) ;
- un effet de détente globale, avec une baisse du stress qui contribue à réduire la douleur perçue.
La sécurité, condition des bénéfices
Les méta-analyses concluent à une pratique relativement sûre, à une condition : qu'elle soit réalisée correctement. Les effets indésirables rapportés sont surtout des marques, une douleur locale, des malaises. Les complications infectieuses sont liées à une hygiène insuffisante.
Autrement dit : les bénéfices observés dans les études supposent une pratique rigoureuse, avec sélection des patients (voir Contre-indications), matériel stérile et protocole maîtrisé.
Comment en parler à ses patients
Pour un praticien, la bonne posture est enthousiaste, mais honnête :
- ✅ « Les études montrent que la Hijama peut soulager certaines douleurs du dos et de la nuque. »
- ✅ « Beaucoup de patients migraineux rapportent une amélioration. Les études sont encourageantes. »
- ✅ « C'est un complément à votre suivi médical. »
- ❌ « La Hijama guérit la migraine. »
- ❌ « Vous pouvez arrêter vos médicaments. »
Cette honnêteté renforce la confiance, et vous protège juridiquement.
Sources
- Cramer H., Klose P., Teut M. et al. Cupping for Patients With Chronic Pain: A Systematic Review and Meta-Analysis. The Journal of Pain, 2020.
- Wang et al. Update evidence of effectiveness on pain relieving of cupping therapy: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials, 2025. PubMed
- Jia et al. Effects of cupping therapy on chronic musculoskeletal pain and collateral problems, 2025. PubMed
- The effectiveness of cupping therapy on low back pain. PubMed
- Torad A. et al. Effect of cupping therapy on chronic neck pain: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials, 2026. PubMed
- Ahmadi A., Schwebel D.C., Rezaei M. The efficacy of wet-cupping in the treatment of tension and migraine headache. Am J Chin Med, 2008. PubMed
- Cupping Therapy for Migraine: A PRISMA-Compliant Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials, 2021. PMC
- NCCIH / NIH. Cupping.
Questions fréquentes
La Hijama est-elle efficace contre le mal de dos ?+
Les études montrent des effets favorables à court terme sur la douleur et la gêne fonctionnelle dans la lombalgie et la cervicalgie chroniques. Elle s'utilise en complément de l'activité physique et du suivi médical.
La Hijama soigne-t-elle la migraine ?+
Les résultats sont prometteurs : des études rapportent une baisse de l'intensité et de la fréquence des crises. Les preuves restent de qualité limitée, et la Hijama doit compléter le traitement médical, pas le remplacer.
Combien de séances faut-il pour sentir un effet ?+
Dans les études, les protocoles comportent souvent une série de plusieurs séances espacées. Le rythme doit être adapté à chaque patient par le praticien.
Hijama sèche ou humide : laquelle est la plus efficace contre la douleur ?+
Les deux ont été étudiées. Les données ne permettent pas de désigner clairement la plus efficace. Voir Hijama sèche ou humide : quelles différences ?


